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LA PEINTURE COMME UN LENT CHEMINEMENT
La peinture est un
lent cheminement dont l’issue ne peut être
qu’un accomplissement spirituel. Pour celui qui
la pratique, contrairement aux apparences, elle n’est
pas une fin en soi, mais un moyen de s’élever
au-dessus de la vie ordinaire, celle qui nous laisse
habituellement sans aucune prise sur le destin. Par
son truchement, l’artiste ne cesse d’affirmer
l’existence d’un horizon immatériel,
d’une réalité d’un ordre invisible
et subtil pour laquelle espérer et lutter ont
un sens. Ce qu’il nous donne à voir n’est
en fait qu’une métaphore, une parabole
illustrée.
Michel LARIVIERE en a, depuis longtemps,
entamé l’expérience gratifiante.
Ses foules frémissantes sont en route vers un
but, un objectif commun, un projet qui fait que chaque
individu devient, chemin faisant, solidaire des autres,
de tous les autres. Elles font songer aux pèlerins
marchant vers l’objet transcendé de leur
quête. De l’état de dispersion, elles
passent, par le partage, à un statut communautaire.
Soulevée par une parole, un élan collectif,
une force, elles vivent une métamorphose dont
l’expression la plus élaborée serait
l’émergence de l’esprit. D’informes
qu’elles étaient, elles se structurent
vers une fin qu’elles entrevoient encore à
peine.
Les lectures d’un artiste ne
sont jamais le fruit du hasard. Elles nous aident à
cerner le sens profond de sa démarche. Si la
réflexion de Larivière est passée
par Teilhard de Chardin, c’est qu’il a reconnu
en lui à la fois un maître et un guide.
Non seulement dans le domaine scientifique, mais plus
encore peut-être sur le plan métaphysique.
En substance, que nous dit Teilhard : il nous aide
à comprendre que toute la création tend
vers toujours plus de conscience et que l’Homme
lui-même n’est qu’un arc bandé
vers les rivages de l’infini. Ce besoin d’expansion,
cet appel ineffable correspondent à ce que Larivière
dénomme l’extraversion infinie. Parce que
sa vie même fut multiple et variée (il
en revendique d’ailleurs l’abondante diversité),
cet homme aujourd’hui parvenu au faîte de
ses moyens ne peut se résoudre au confinement.
Doué d’un esprit spéculatif, il
aurait pu briller dans de nombreux domaines. A l’inverse
de certains peintres dont la vie est rivée au
bois blanc de leur chevalet, Larivière garde
les yeux grands ouverts sur le monde. Du cri de la multitude
au silence embrasé des fleurs, il ne peint finalement
qu’un seul et même sujet : l’essor
vers la lumière dont le ruissellement nous convie.
Il faut croire que les noms agissent sur le destin.
Le sien n’était-il pas prédestiné ?
Larivière se tient au milieu du courant. Livrés
au souffle du vent tiède, pâquerettes et
graminées paraissent entamer une danse nuptiale.
Une ondulation les parcourt porteuse d’extases
initiatiques. Très habile dans le portrait et
rompu à toutes les techniques, à l’exception
de l’estampe, Michel se retrouve chez lui dans
cet élan radieux, cette combustion semblable
à celle du buisson ardent de Moïse. C’est
un feu qui réchauffe bien plus qu’il ne
détruit. Il ne consume que la part d’ombre.
Aux gerbes végétales répondent
les courbes de lumière qui embrasent les nuits
d’été quand les regards émerveillés
se tournent vers les profondeurs bleues du ciel. Aquarelliste
flamboyant, il aurait pu se contenter de répéter
ce qu’il savait faire. Mais la sensation de la
vie fut plus forte. Les choses dont il nous entretient
sont moins voulues que révélées.
Elles nous parlent d’un au-delà qui commence
ici et maintenant. Tout être porte sur son dos
l’obscurité et serre dans ses bras la lumière
nous enseigne Lao Tseu, le vieux maître chinois.
Peindre est aussi une manière de conjurer l’obscurité.
Luis PORQUET, critique
d'art, le 5 juin 2006
Michel Larivière travaille
vite. Son art, son expérience, sa technique s'effacent
devant l'intensité de l'oeuvre, d'abord imprécise,
non signifiante, qui prend dans l'anonymat le plus complet
un sens, qui se fait hymne, qui affirme, qui explose
enfin sans doute possible pour un magnifique chant d'espérance.
Sur sa route d'artiste où il
rencontre de plus en plus d'hommes et de femmes de son
siècle, Michel Larivière s'insère
dans l'immense cortège d'une aventure humaine
qui poursuivra longtemps encore son chemin.
Parce que la création se continue
tous les jours, celle du vaste monde comme celle de
l'artiste, pépite de lumière, qui jalonne
l'incessante procession de l'humanité millénaire.
Jean LEVALLOIS
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